Les Formes Alternatives d’Activité peuvent-elles être un levier de croissance pour les TPE/PME ?

novembre 28, 2022

Mes associés et moi avons créé La Faabrick Cherdet, un cabinet de conseil spécialisé sur les formes alternatives d’activité (FAA) en 2017 avec la conviction qu’elles pouvaient être sources d’opportunités aussi bien pour les entreprises (flexibilité ; recours à des expertises pointues …) que les personnes (meilleur équilibre vie pro – vie perso ; quête de sens au travail, d’autonomie …). 

On a foncé tête baissée pour valider notre positionnement de niche. C’est bien beau de ne pas avoir de concurrents mais encore faut-il qu’il y ait un marché 😉. Bref, on a travaillé d’arrache-pied pour se faire connaître des acteurs. On a collaboré avec bon nombre d’entre eux (que cela soit sur le portage salarial, les groupements d’employeurs, l’intérim, les coopératives d’activité et d’emploi ou plus globalement le freelancing), formé les professionnels de l’emploi (APEC ; Pôle Emploi) pour faire connaître le plus largement ces dispositifs, lancé un média à l’emploi sous toutes ses formes. On n’a pas chômé et donc faute de temps on a finalement pris assez peu de recul sur notre intuition de départ. 

La période du Covid a rebattu complètement les cartes. Alors quand on a vu l’appel à projet de l’ANACT, « Quels leviers pour la reprise économique des TPE/PME post COVID ? », on s’est dit que c’était l’occasion rêvée de valider empiriquement nos intuitions et de documenter tout cela. 

👉 Pour les plus impatients d’entre vous, accédez directement ici au rapport entier, ou à sa synthèse 😉

La genèse du projet : l’évolution du travail et des modes de collaboration

L’évolution des modes de collaboration est le point de départ intellectuel de ce projet. Selon nous la principale évolution du travail et de l’emploi en France ces dernières années est l’ouverture de l’entreprise vers des ressources et des « talents » externes (chacun trouvera son vocable, les « talents » étant pour moi aussi bien internes qu’externes à une entreprise, cette qualification n’a que peu de sens si ce n’est de se faire comprendre du plus grand nombre). 

Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : 

    • 2008/2009 : l’apparition du statut d’auto-entrepreneur ;
    • L’arrivée des plateformes d’intermédiation et le développement d’un écosystème consacré aux indépendants avec des acteurs qui participent à l’évangélisation du travail indépendant (Malt, Shine, Qonto, Freeland, Wemind, Freelance.com …) ;
    • Le développement du secteur des services, des ESN … et la mutation du travail avec notamment le développement du travail en mode projet ; 
    • Les aspirations des personnes. La recherche de sens, le désir d’autonomie, le souhait de concilier temps de vie professionnelle et personnelle sont aujourd’hui très importants pour de plus en plus de travailleurs ;
    • La pénurie de talents bien sûr, et le besoin accru d’expertise pour les entreprises, combinés à un besoin de flexibilité pour faire face aux retournements économiques. 

La crise du Covid-19 (je préfère au masculin…) et ses conséquences sur l’emploi avec notamment la démocratisation du travail à distance ont mis en lumière un mouvement déjà bien amorcé, celui de la digitalisation de notre société et de notre économie, digitalisation qui finalement est en toile de fond à l’origine de tous les facteurs présentés. 

Nous n’étions pas certains de pouvoir convaincre non pas de la pertinence, dans l’absolu, du champ de notre réflexion sur les FAA comme un levier de croissance pour les TPE/PME, mais plutôt de la pertinence pour l’ANACT d’étudier ce champ. En effet, celle-ci est plus habituée à travailler sur des sujets relatifs aux collectifs de salariés.  

Alors on a mis le paquet pour construire le projet avec Jean-Yves OTTMANN, sociologue du travail et des organisations et docteur en sciences de gestion et Anna LE CONSTANT, fondatrice d’Anoka, collectif de freelances, spécialisés en communication & ressources humaines. 

On a proposé aux acteurs des FAA de porter le projet avec nous. Et c’est comme cela que le CRGE de la Nouvelle Aquitaine (centre de ressources pour les groupements d’employeurs), la Fédération des Coopératives d’activité et d’emploi, le PEPS, syndicat patronal représentatif du portage salarial et Indépendant.co, syndicat d’indépendants ont rejoint l’aventure. Une aide précieuse pour toucher directement les entreprises utilisatrices de ces formes d’emploi. 

L’équipe de l’ANACT s’est montrée très ouverte et très au fait de ces problématiques. Cette organisation, comme beaucoup d’entre nous, observe une évolution du travail et des modes de collaboration, et elle essaie de prendre les devants afin de conseiller au mieux entreprises, organisation syndicales et salariés à qui elle s’adresse.

Près de deux ans de travail, 80 heures d’entretiens avec des dirigeants des TPE/PME, leur corps social, salariés, managers, représentants du personnel, et bien sûr les personnes exerçant leur activité professionnelle grâce aux FAA, une vingtaine de monographies représentant les 20 TPE/PME multi-sectorielles interviewées plus tard, on est enfin prêts à vous livrer les premiers enseignements de notre étude. 

Dans quelles situations les TPE/PME font-elles appel aux FAA ?

Les petites et moyennes entreprises font ce qu’elles savent faire de mieux pour satisfaire leurs besoins en matière de compétences : elles s’adaptent ! Mais, faute de temps et de moyens, la plupart du temps elles le font au fil de l’eau, sans forcément avoir le temps de réfléchir de manière systémique et organisationnelle aux évolutions en cours. Ce qui est normal, vu les défis que nous devons toutes et tous relever depuis plusieurs années maintenant.

Assez logiquement, nous n’avons pas observé de principe général et unique dans l’usage et le recours aux FAA. Au contraire, l’enjeu principal d’un usage maîtrisé et créateur de valeur des FAA par les TPE-PME va être d’adapter cet usage aux particularités de l’entreprise, à ses dimensions contingentes et à ses choix stratégiques.

En analysant leurs retours, nous avons identifié cinq situations pour lesquelles le recours à des FAA semble pertinent et utile pour des TPE-PME.

La diversité des cas de recours aux FAA combiné au fait que parmi les entreprises de notre échantillon, seule une minorité a un intérêt global “faible” pour le recours aux FAA nous conforte dans l’idée que les FAA peuvent être, dans bien des situations, un levier de croissance pour l’activité des TPE/PME. 

Comment accompagner les entreprises à la gestion de ces formes alternatives d’activité ?

On vient de le voir, les FAA peuvent être un levier de croissance pour les TPE/PME. Ce n’est pas pour autant que celles-ci savent comment s’y prendre, notamment pour manager ces personnes « extérieures » à leurs entreprises. 

Laura Strelezki de La Collab nous en parlait il y a peu sur l’Archipel (👉 Les travailleurs freelances : cette nouvelle forme du travail qui a le vent en poupe), le principal enjeu des entreprises est de trouver des moyens, des outils, du temps (sujet récurrent dans nos interviews), pour s’adapter à ces nouveaux modes de collaboration. 

Même si le temps fait leur cruellement défaut, les dirigeants des TPE/PME que nous avons interviewés dans le cadre de notre étude ont par exemple un sentiment de responsabilité vis-à-vis de leurs indépendants et ressources externes finalement plus important que dans les grosses structures, où ces questions sont, encore la plupart du temps, gérées par les services achats. La taille « humaine » de ces entreprises explique en grande partie ce phénomène. On s’est rendus compte au cours de nos interviews que beaucoup de dirigeants ont une réflexion presque « inclusive » parfois de ces formes alternatives d’activité que ce soit par conviction politique : « les freelances sont des personnes à part entière, et il est de ma responsabilité sociétale de les prendre en compte en tant que tel (enjeu de rémunération, de délai de paiement, de formation, de santé et de sécurité) », ou communautaire : « les utilisateurs des FAA font partie de mon collectif étendu et m’aident concrètement au développement de mon activité : nous formons un tout ».

Pour autant, dans ces entreprises ou les questions RH sont souvent limitées et gérées directement par les dirigeants, peu de process spécifiques sont mis en place pour gérer ces collaborateurs externes. L’étude a toutefois permis de constater la mise en place de pratiques de « managements » spécifiques aux FAA de la part des TPE/PME interviewées :

Si le management de ces collaborateurs n’est pas totalement absent au sein des TPE/PME (le dirigeant jouant un grand rôle ici), il en est autrement de la gestion des risques du recours aux FAA. Les résultats de l’étude soulignent une gestion de ces risques quasi inexistante, principalement due à un manque d’anticipation :

On le voit, Il demeure encore un gros sujet d’acculturation des entreprises à ces sujets, de connaissance des différents dispositifs, et des avantages et inconvénients associés pour elles. Elles ont besoin d’aide pour organiser plus simplement cette relation avec les personnes en FAA, de manière responsable et sécurisée, à la fois socialement, mais aussi juridiquement. Il nous reste quelques semaines/mois pour proposer des outils pédagogiques, et éclairants pour les dirigeants des TPE/PME.

On se remet au travail et on vous en dit plus très vite 😊.

Par Fabrice Richard, Co-fondateur & associé de La Faabrick Cherdet et du média l’Archipel

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